Les vertus de l’échec, de Charles Pépin

Les vertus de l’échec. Ou comment changer notre regard suspicieux et négatif à cet égard, en France, là où d’autres y voient une force potentielle. Un ouvrage bienvenu, plein d’une sagesse qui doit venir nous inspirer.

Charles Pépin est un écrivain et philosophe dont j’ai eu l’occasion de lire plusieurs ouvrages, toujours écrits dans un style simple et abordable, pleins de bon sens, tout à fait agréables à découvrir et utiles à la réflexion.

Ici, il revient avec un essai au titre engageant : Les vertus de l’échec. Un thème, comme il le montre lui-même, très bienvenu lorsqu’on connait les difficultés spécifiquement françaises à admettre les multiples leçons que l’on peut en tirer et le fait que ces échecs peuvent tout à fait être porteurs et se transformer en facteurs de succès à venir.

L’échec pour apprendre plus vite

Les leçons à tirer des échecs se retrouvent dans tous les domaines, nous montre ainsi l’auteur :

–  dans le domaine sportif, avec les exemples opposés de Nadal et Gasquet, qui ont connu une évolution différente, le premier grâce à ses échecs, le second peut-être justement car les choses avaient si bien démarré, sans le moindre échec. Mais aussi l’exemple de Wawrinka, qui porte semble-t-il sur l’avant-bras la citation suivante de Beckett : « Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better. » (« Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux. »). Lorsque l’on connait un peu le parcours du champion, sa persévérance, sa progression impressionnante et ses succès récents, un bel état d’esprit et une belle leçon.

– dans le domaine scientifique, avec l’exemple d’Edison et la persévérance inouïe dont il fit preuve avant d’aboutir à ses découvertes, ou de cet incroyable et courageux revirement d’un certain Mark Lynas (non développé dans le livre, mais dont j’ai pris connaissance grâce à la lecture de Contrepoints). Les scientifiques dépassent ainsi leurs intuitions primaires en procédant à des expériences qui, seules, peuvent mener sur le chemin de la vérité. « L’erreur est humaine, la reproduire est diabolique. », dit le célèbre proverbe. C’est donc elle qui permet d’apprendre, tout en évitant de s’enfermer dans l’ignorance.

 

– à l’école où, surtout à un certain niveau, Charles Pépin montre comment un échec rapide (« fast fail »), par exemple à un premier devoir de philosophie, vaut mieux qu’une note moyenne ou assez bonne évitant les remises en question.

– par le règne des diplômes en France, où le succès initial des grandes écoles (le « fast track », idée selon laquelle il serait décisif de réussir vite et se placer le plus tôt possible sur les rails) peut ensuite conduire également à l’amoindrissement des prises de risque.

Alors que les Anglo-saxons et Nordiques sont davantage adeptes du « fast fail ».

– en entreprise où, de même, au fast track français s’oppose justement le fast fail américain qui veut que l’échec soit vu comme une expérience, un signe de maturité, une assurance que le même type d’erreur ne se reproduira pas. Et donc un gage de confiance. Y compris, pour un entrepreneur, pour l’obtention d’un crédit bancaire.

Comme le dit Charles Pépin :

« Avoir échoué en France, c’est être coupable. Aux États-Unis, c’est être audacieux. Avoir échoué jeune en France, c’est avoir échoué à se mettre sur les bons rails. Aux États-Unis, c’est avoir commencé jeune à chercher sa propre voie. »

Pour lire la suite de l’article de Johan Rivalland paru sur contrepoints.org